La crise existentielle : ses fondements et ses manifestations au cours de la vie
Plongés dans les méandres de la vie moderne, nous sommes parfois confrontés à des interrogations profondes qui ébranlent les fondations mêmes de notre existence. Ces moments de questionnement intense, connus sous le nom de crise existentielle, nous forcent à réévaluer notre parcours, nos valeurs et notre raison d’être.
Cet article se propose d’explorer les facettes de la crise existentielle, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, tout en tissant des liens avec la dépression et le burnout qui en sont souvent la conséquence. Nous examinerons également comment l’AEL (Analyse Existentielle et la Logothérapie) peut apporter des réponses apaisantes à ces tourments de l’âme.

Qu'est-ce que la crise existentielle ?
Une crise existentielle survient lorsque l’individu se trouve confronté à des questions fondamentales sur le sens de sa vie, ses valeurs et son identité. Ces périodes de turbulence intérieure peuvent être déclenchées par des événements marquants, des transitions de vie ou un sentiment diffus de vide et d’insatisfaction. La crise existentielle prend sa source et lutte avec des questions de sens et de but, qui peut déboucher sur un épuisement physique et émotionnel voire une dépression clinique.
Selon les deux grands spécialistes de la crise existentielle, elles s’organisent selon de grandes lignes communes. Pour Viktor Frankl psychiatre, neurologue et philosophe autrichien (1905 – 1997) et père de l’AEL (Analyse Existentielle et la Logothérapie), l’homme est principalement mu par une quête de sens à son existence, qui s’organise autour de trois thématiques : la culpabilité, au sens de la frustration, la souffrance et la finitude (la mort). Irvin Yalom psychiatre et écrivain américain (1931) père de la Thérapie Existentielle, catégorise les questions existentielles en quatre thématiques : la mort, la liberté, l’isolement, la quête de sens.
Les différentes crises existentielles dans une vie

L'enfance et l'adolescence
Dès l’enfance et l’adolescence, des questionnements sur l’identité, le sens de la vie, la mort et l’appartenance peuvent émerger. Le questionnement des plus jeunes est naturellement orienté vers l’identité « Qui suis-je ? », le sens de la vie « Pourquoi suis-je ici ? » et la peur de la mort « Où va-t-on quand on meurt ? ». Les crises existentielles sont par ailleurs exacerbées par les bouleversements hormonaux, la pression scolaire et l’ensemble des attentes sociales. Ces questionnements peuvent déboucher sur une dépression existentielle avec une augmentation très significative observée ces dernières années.
En Europe, la situation de la santé mentale des enfants et adolescents est jugée préoccupante. Selon le rapport de l’UNICEF, environ un enfant sur cinq dans l’Union européenne est confronté à des problèmes de santé mentale, notamment la dépression. L’évolution des modes de vie, la place du numérique et les épisodes de confinements liés à la pandémie de Covid-19 ont exacerbé ces problèmes, augmentant l’anxiété et la dépression chez les plus jeunes. Une augmentation significative de la consommation de psychotropes également a été observée entre 2014 et 2021 : +62,58 % pour les antidépresseurs chez les enfants et adolescents.
Le jeune adulte
Le jeune adulte, de 18 à 25 ans, est également confronté à des situations propices à la crise existentielle en lien avec les évolutions sociétales telles que les tensions géopolitiques, le changement climatique et la place de la technologie et du virtuel. La crise existentielle soutenue par les questionnements et inquiétudes peut déboucher sur une situation de dépression existentielle.
Un autre rapport indique que 20,8 % des jeunes adultes (18-24 ans) en France ont souffert de dépression en 2021, contre 11,7 % en 2017, marquant une hausse de près de 80 %. En outre, les troubles dépressifs sont souvent sous-diagnostiqués et sous-traités, ce qui peut entraîner des rechutes fréquentes chez les jeunes affectés.
L’adulte mature
À l’âge adulte, la crise existentielle se manifeste souvent par une remise en question de l’activité professionnelle, du cercle de ses relations et également du style de vie. Le questionnement sur le sens au travail « À quoi je sers ? », « À qui ou en quoi mon travail est-il vraiment utile ? », sur le mode de vie « Cette vie urbaine est-elle celle que je veux pour mes enfants ? » et celui sur les réalisations « Au milieu de ma vie, qu’ai-je vraiment réalisé ? », « Est-ce ce que je voulais faire dans ma vie ? ». La fameuse « crise de la quarantaine » qui évalue la direction et les réalisations de sa vie se produit désormais également à 30 ans, voire avant, toujours autour de la question du sens de l’existence.
La vieillesse
À partir de 60 ans, les crises existentielles s’organisent souvent autour d’une remise en question des choix de vie passés, d’une insatisfaction générale et de la peur de la finitude. Ces crises peuvent laisser place à des dépressions existentielles en lien avec la perte de l’utilité sociale et familiale, la qualité des réalisations accomplies ou non, la peur de la mort et la souffrance liée à l’isolement. À soixante ans comme à quatre-vingts, les adultes âgés peuvent ressentir des regrets, un sentiment d’incomplétude et chercher à donner un sens à la fin de leur vie.
Les troubles dépressifs chez les personnes de plus de 60 ans ont connu une évolution notable ces dernières années, tant en Europe qu’en Amérique du Nord. En Europe, la prévalence des troubles dépressifs chez les personnes âgées de plus de 60 ans a augmenté, particulièrement avec de la pandémie de Covid-19 et les évolutions sociétales notables comme les crises climatiques et géopolitique, ainsi que la transformation des liens sociaux avec la place du numérique dans le quotidien. Ces crises exacerbent les sentiments d’isolement, d’anxiété et de perte de sens, augmentant ainsi le risque de dépression des plus de 60 ans. En France, par exemple, environ 5,7 % des personnes de plus de 60 ans souffrent de dépression avérée, avec des chiffres en constante hausse depuis 2017.
Crise existentielle, Dépression et Burnout

La crise existentielle
Comme nous venons de le voir, une crise existentielle est un état de questionnement profond et souvent intense concernant le sens, la valeur et le but de la vie. Elle survient généralement lorsque les individus se confrontent aux interrogations fondamentales sur leur existence, telles que « Qui suis-je? », « Pourquoi suis-je ici? » ou « Quel est le but de ma vie? ».
Ces questions peuvent être déclenchées par des événements majeurs ou traumatisants, des changements de vie importants, ou simplement par une réflexion introspective prolongée. Une crise existentielle peut mener à des sentiments de confusion, de vide, d’anxiété, voire de désespoir, alors que l’individu cherche à trouver des réponses ou à donner un sens à sa vie.
Les crises existentielles peuvent apparaitre régulièrement au cours de la vie. Sans réponses aux questionnements profonds, elles présentent le risque de se transformer en dépression clinique ou burnout professionnel. Globalement les problèmes de santé mentale sont des préoccupations croissantes en Europe. Selon un rapport de la Commission européenne publié en juin 2023, environ 150 millions de citoyens européens sont touchés par des problèmes de santé mentale. Face à cette situation, la Commission européenne a lancé une approche globale visant à intégrer la santé mentale dans toutes les politiques publiques et à fournir un soutien financier et technique aux États membres pour développer des systèmes de soutien plus résilients et inclusifs
La dépression
La dépression est un trouble mental caractérisé par une humeur persistante de tristesse, une perte d’intérêt pour les activités et une diminution de l’énergie. Cette pathologie affecte la vie quotidienne, le sommeil, l’appétit et la concentration, et peut entraîner des pensées suicidaires. Elle nécessite souvent une prise en charge psychologique et médicamenteuse. Une crise existentielle peut évoluer vers la dépression lorsque les questions de sens deviennent accablantes et que la personne ne trouve pas de réponses satisfaisantes à ses questionnements.
La dépression concerne environ 15 à 20 % de la population générale, sur la vie entière. Une personne sur 5 a souffert ou souffrira de trouble dépressif au cours de sa vie. Cinq à vingt pour cent des personnes atteintes de dépression se suicident.
Le burnout
Le burnout est un état d’épuisement émotionnel, physique et mental causé par un stress prolongé et excessif. Il est souvent lié à des conditions et un rythme de travail intenses, aggravé par la pression de responsabilités accrues. Une crise existentielle peut précipiter un burnout lorsque les personnes sentent que leur travail n’a pas de sens ou ne correspond pas à leurs valeurs personnelles.
Le burnout professionnel est un problème de plus en plus répandu en Europe et en Amérique, affectant de nombreux professionnels et ayant des conséquences significatives sur la santé mentale et physique. En France, environ 62% des professionnels luttent activement contre le stress et le burnout, avec 46% des salariés choisissant de masquer leur état de santé mentale à leur employeur. La France est l’un des pays européens les plus touchés par le burnout, avec des taux parmi les plus élevés en Europe derrière le Luxembourg et la Slovénie.
Ces chiffres montrent clairement que les questions de sens, de stress et d’épuisement sont profondément interconnectées.
La dépression existentielle
La dépression existentielle, bien que moins courante que d’autres formes de dépression, présente des défis uniques et profonds liés à des questionnements sur le sens de la vie, la mort et la place de l’individu dans le monde. Elle peut survenir à divers moments clés de la vie, tels que l’adolescence, la crise de la quarantaine et la retraite.
La dépression existentielle est une forme de dépression profondément liée à un sentiment de vide existentiel et de manque de sens dans la vie. Ses caractéristiques principales rappellent celles d’une dépression classique, se manifestant par une tristesse persistante, une fatigue omniprésente et un désintérêt pour les activités quotidiennes.
Avec la dimension anxiogène des mutations sociales telle que la pandémie de COVID-19, la guerre en Ukraine et les crises socio-économiques ont exacerbé ces problèmes, entraînant une augmentation des niveaux de stress et d’anxiété parmi la population. En forte augmentation, la dépression existentielle, c’est-à-dire non liée à une névrose pathogène ou psychogène, est aujourd’hui mieux diagnostiquée et fait l’objet d’une prise en charge plus spécifique.
La puissance de l'AEL

Crise existentielle, dépression ou burnout, l’impact psychosocial et les conséquences de ces troubles peuvent être très importants. L’identification et la prise en charge systématique de ces souffrances doivent permettre de préserver la santé mentale de ceux qui les vivent.
Pour faire face à une crise existentielle, une dépression existentielle ou un burnout lié à la perte de sens au travail, l’AEL (l’Analyse Existentielle et la Logothérapie) propose une approche spécifiquement adaptée à cette quête de sens. Fondée par Viktor Frankl, l’AEL offre un guidage pour (re)trouver un sens à l’existence en se concentrant sur ses valeurs propres et ses aspirations profondes. Et définir une trajectoire personnelle et un but à sa vie.
Pour conclure sur la crise existentielle
Les crises existentielles sont des moments charnières dans la vie d’un individu, souvent marqués par des questionnements profonds sur le sens et le but de la vie.
Elles surviennent à tout âge et marquent souvent des étapes particulières de la vie comme la rupture, le deuil, l’échec, mais aussi l’aboutissement d’un projet ou d’un grand succès. Sans réponse aux questions qu’elles suscitent, elles se transforment en dépression ou en burnout.
Bien qu’une crise existentielle puisse conduire à une dépression ou à un burnout, elles offrent également une opportunité de développement et de connaissance de soi. Et forge la personne pour affronter les difficultés inéluctables de la vie.
L’AEL (Analyse Existentielle & Logothérapie) est l’approche spécifique dédiée à ces questionnements existentiels.
Les références de cet article
A lire sur internet :
- Dépression chez les Jeunes : Chiffres et Statistiques (feelapp.care)
- Rapport : State of Children in the EU 2024 | UNICEF Belgique
- https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/02/14/un-jeune-sur-cinq-presente-des-troubles-depressifs_6161695_1650684.html
- https://www.inserm.fr/dossier/depression/
- https://culture-rh.com/salaries-stress-burnout-2023/
- https://www.focusrh.com/sante-social/stress-au-travail-et-risques-psychosociaux/burn-out-40-des-salaries-francais-en-souffrance-35303.html
- https://www.santementale.fr/2023/12/le-parlement-europeen-approuve-un-engagement-en-sante-mentale/
- https://www.who.int/europe/fr/news/item/10-10-2023-rethink-mental-health–invest-in-and-design-better-systems-for-a-more-resilient-european-region
