Coaching ou thérapie : même point de départ, pas la même intention
Entre impératif de performance et quête de sens, le marché de l’accompagnement n’a jamais été aussi vaste et complexe
Par Pascale Breton, Analyste existentielle et Logothérapeute à Paris
Vous hésitez entre consulter un coach et consulter un thérapeute ? Cette hésitation est bien légitime. Elle est le reflet d’un discours ambiant qui simplifie à l’excès : la souffrance serait l’affaire des thérapeutes, la recherche de solutions celle des coachs. Ce découpage est grossier. Et il n’aide personne.
La réalité est plus fine : contrairement aux idées reçues, les deux pratiques partagent exactement le même point de départ : une difficulté, un sentiment d’être bloqué, l’envie d’en sortir, la nécessité de prendre une décision, l’impression de ne plus être maître de la situation. Cela peut se manifester par des troubles du sommeil, une humeur difficile, une addiction, un conflit professionnel ou une anxiété. Pourtant, ce n’est pas le symptôme qui guide le choix de l’accompagnement. Ce qui diffère, c’est ce que l’on choisit d’en faire.
Cet article ne veut pas alimenter de guerres de chapelles et ne prétend pas dire ce qui est meilleur. Il cherche à éclairer les différences. Et à alerter sur ce qui est attractif et en vogue, car ce n’est pas toujours ce qui est adapté.
Une même demande d'aide, des chemins différents
Ce qui amène quelqu’un vers un coach ou vers un thérapeute, c’est généralement la même chose : quelque chose ne convient plus. Une situation qui pèse, une transition qui fait perdre ses repères, un sentiment diffus ou très net que quelque chose doit changer sans toujours savoir quoi ou comment.
Et c’est précisément là qu’il convient de casser le mythe. La thérapie s’adresserait aux personnes en souffrance tandis que le coaching s’adresserait à celles qui veulent agir. Cette représentation est fausse.
Une personne apparemment en forme, qui réussit, qui avance, peut avoir besoin d’un espace thérapeutique. Une personne traversant une période difficile, voire douloureuse, peut avoir besoin d’un accompagnement orienté vers l’action. La souffrance ne dirige pas automatiquement vers la thérapie. Son absence ne dirige pas automatiquement vers le coaching. Et la conscience de la souffrance n’est d’ailleurs pas toujours bien mesurée.
Ce n’est pas la nature de la difficulté qui oriente le choix. C’est la nature de la question qu’on se pose, ou que l’on est prêt à se poser.
Si j’avais une heure pour résoudre un problème, je passerais 55 minutes à définir le problème et 5 minutes à trouver la solution” Albert Einstein.
Voilà pourquoi pour choisir un accompagnement, il faut comprendre de quelle question on parle.
La vraie distinction : deux façons de regarder le problème
Le coaching : poser la situation et agir
Le coaching part d’une situation identifiée. Même si la clarification fait partie du processus, l’objectif est d’y répondre par l’action. Le travail porte sur les leviers comportementaux et motivationnels, sur la mobilisation des ressources et des atouts du client, sur sa mise en mouvement vers un objectif concret. Le coach s’appuie sur ce qui fonctionne pour aider à aller plus loin.
C’est une approche pertinente quand on sait, au moins approximativement, ce que l’on veut et qu’on cherche à y accéder.
La thérapie : questionner pourquoi ce problème en est un
La thérapie ne prend pas d’emblée la définition du problème pour acquise. Elle explore : de quelle situation s’agit-il ? D’où est-elle regardée ? Qui suis-je face à cette situation ? Pourquoi cette situation est-elle vécue comme un problème, une impasse, une souffrance ? D’ailleurs, qu’est-ce que cette situation révèle de la façon dont je me positionne face à ma propre existence, de mes valeurs et de ce que je veux faire de ma vie ?
On n’y cherche pas d’emblée une solution. On accepte d’abord de définir et comprendre ce que l’on vit, dans sa complexité, sans préjuger de ce qui va s’y révéler.
En synthèse, le coaching travaille sur la performance : aller plus loin, plus vite, plus efficacement. La thérapie travaille sur une dimension structurelle : la capacité à traverser les épreuves, à tenir dans la durée, à rester debout face à ce que la vie impose. Les bénéfices ne sont pas les mêmes, parce que les routes ne sont pas les mêmes.
L'Analyse Existentielle et la Logothérapie : une dimension supplémentaire
L’AEL va plus loin encore, elle ne travaille pas seulement sur la situation, sur les schémas de pensée ou les émotions. Derrière chaque forme d’accompagnement se trouve une certaine représentation de l’être humain, ce que l’on appelle une ontologie. L’AEL considère que la personne ne se réduit ni à ses comportements, ni à ses émotions, ni à son histoire. Elle s’intéresse à ce que l’on appelle la dimension noétique, du grec noos l’esprit : cette part proprement humaine qui porte la quête de sens dans son existence.
Pour Viktor Frankl, fondateur de la logothérapie, l’être humain est mû par une quête de sens ; la dimension noétique est ce qui lui permet de se positionner et de répondre à cette question dans le concret de sa vie. Elle interroge le rapport de la personne à sa propre existence, à ce qui lui donne du sens ou au sens qu’elle veut lui donner.
Qui suis-je dans cette situation ? Suis-je dans une situation que je choisis, en conscience et en liberté ? Ou bien je subis, reproduis ou endure sans en être vraiment acteur ? Et de quoi suis-je responsable face à cette situation ? Quels sont mes choix ?
L’AEL propose un espace où la personne apprend à se positionner, librement et de façon responsable, face à ce qu’elle vit. Ce n’est pas une thérapie du passé, mais bien une thérapie pour se projeter de façon libre et responsable dans un futur choisi.
L’enjeu n’est pas de mieux performer, ni même de mieux se sentir. Il est de comprendre ce que l’on veut faire de sa vie. Au-delà de réussir, il s’agit de pouvoir s’accomplir.
La question qui aide à se situer
Plutôt que de chercher à évaluer votre niveau de souffrance ou de clarté, deux questions peuvent vous aider à vous orienter :
« Ai-je besoin d’adapter mon comportement et mes choix à la situation, ou faut-il vérifier que cette situation me convient vraiment ? »
« Est-ce que je cherche à mieux fonctionner dans ma vie, ou à comprendre ce que je veux en faire ? »
Dans les deux cas, la première partie de la question oriente plutôt vers le coaching. La seconde, plutôt vers la thérapie, en particulier l’Analyse Existentielle et la Logothérapie (AEL).
Ces questions ne sont pas des diagnostics, elles permettent de commencer à distinguer ce que l’on cherche vraiment au-delà de l’envie d’en sortir.
Deux intentions différentes, deux types de relation
Ce point est rarement abordé et pourtant il est central.
En coaching, le praticien s’appuie sur les atouts du client. Il les identifie, les renforce, les met en mouvement au service d’un objectif. La relation est orientée vers l’action et la progression.
En thérapie, le praticien accueille la réalité du client dans son entier c’est-à-dire y compris ses doutes, ses contradictions, ses fragilités, ses résistances, ses conflits. Il invite à les regarder en face, à leur faire de la place, à comprendre ce qu’ils disent de la personne et de sa situation. Et dans cet espace on se livre autant que l’on se découvre soi-même.
Ce n’est pas seulement une différence de méthode. C’est une différence d’intention.
Dans toute relation d’accompagnement, un lien particulier se crée. Ce lien existe en coaching comme en thérapie. Mais le thérapeute est formé à l’accueillir dans toute sa complexité, à y être attentif, à reconnaître ce qui s’y rejoue. Le coach, lui, est formé à orienter ce lien vers ce qui est porteur et motivant. Ce ne sont pas les mêmes postures, parce que ce n’est pas le même travail.
Ce qu'un client peut légitimement attendre de son accompagnement
Quel que soit le type d’accompagnement choisi, tout professionnel rigoureux connaît le périmètre de sa propre pratique. Ainsi, quand une situation appelle un autre type d’accompagnement, orienter vers un autre professionnel, qu’il s’agisse d’un médecin, d’un psychiatre, d’un coach ou d’un autre thérapeute, est un acte de compétence. Cette capacité à mobiliser les ressources les plus adaptées au service de ce dont a besoin la personne est un indicateur de sérieux du professionnel.
Dans les deux disciplines, il existe une grande diversité d’approches et de formations. Coach, psychopraticien ou psychologue : les appellations ne sont pas équivalentes et les cadres de pratique non plus. S’il existe des similitudes entre les deux disciplines, certains coachs travaillant le sens et certains thérapeutes l’action, la distinction majeure demeure la nature de la question explorée et l’intention du travail proposé.
Un client est en droit d’exiger la transparence sur la formation de son accompagnant, la clarté sur le cadre proposé et la capacité à être orienté si la situation le demande. Quelle que soit l’approche choisie, la qualité du praticien reste souvent plus déterminante que la méthode elle-même. Son parcours, sa formation, son expérience et sa capacité à se situer dans sa pratique comptent autant que l’approche qu’il revendique.
Il arrive que le travail thérapeutique, une fois qu’il a permis de clarifier ce que l’on est et ce que l’on veut, ouvre naturellement la voie à un accompagnement de type coaching, par exemple pour la mise en place d’un plan d’action concret. Les deux pratiques peuvent alors parfaitement se succéder. À l’inverse, un travail de coaching peut mettre en lumière des questionnements plus profonds, plus structurels, qui trouveront mieux leur réponse dans un espace thérapeutique.
Au-delà de réussir, s'accomplir
C’est peut-être là que tout se joue.
Le coaching aide à atteindre un objectif. Il répond à la question : comment y arriver ?
La thérapie, et en particulier l’Analyse Existentielle et la Logothérapie, aide à comprendre pourquoi cet objectif, ou d’autres, méritent d’être poursuivis. Elle répond à une question plus fondamentale : qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie, en pleine conscience de ce que je suis, de ce que je choisis et de ce dont je suis responsable ?
Réussir, c’est atteindre. S’accomplir, c’est choisir ce que l’on atteint et, surtout, définir pour quoi.
Ce n’est pas la même route parce que ce n’est pas la même destination.
Le « sens » et ses définitions
Le mot « sens » sature l’espace médiatique, sans souvent être clairement défini. Et il revient dans les deux univers, mais il ne recouvre pas la même réalité.
En coaching, le sens est une direction : où vais-je ? Comment y aller ? Et éventuellement pourquoi ?
En Analyse Existentielle & Logothérapie, le sens est le besoin fondamental qui distingue l’humain de tout le vivant : pour quoi est-ce que je vis ? Qu’est-ce que je choisis de faire de ma vie ? Et c’est par la clinique du sens que l’AEL y répond.
Ce n’est pas la même question. Ce n’est donc pas le même travail.
Trouver l'accompagnement juste, au bon moment
Coaching et thérapie ne s’opposent pas. Ils ne se valent pas non plus dans tous les contextes. Ce qui les distingue n’est pas la gravité de ce que vous traversez, ni votre capacité à aller mieux. C’est la nature de ce que vous cherchez vraiment.
Si vous cherchez à agir sur une situation, à mobiliser ce que vous avez en vous pour avancer, le coaching peut être le bon espace.
Si vous cherchez à comprendre ce que vous (re)vivez, à vous positionner librement et de façon responsable face à votre existence, à aller au-delà de ce que vous avez réussi à construire pour vous accomplir, la thérapie, et en particulier l’accompagnement existentiel de l’AEL, peut être ce dont vous avez besoin.
FAQ
- Coaching ou thérapie : comment choisir ?
En vous demandant si vous cherchez à mieux agir dans une situation donnée ou à comprendre ce que vous voulez vraiment en faire, ce qui a du sens pour vous. - Ai-je besoin d’être en souffrance pour consulter un thérapeute ?
La souffrance n’est ni un critère d’entrée ni un critère d’exclusion. Ce qui oriente vers la thérapie, c’est la nature de la question posée, pas son intensité. - Peut-on faire du coaching et une thérapie en même temps ?
Oui, cela est possible, à condition qu’ils ne portent pas sur les mêmes enjeux et que les deux professionnels en soient informés. - Qu’est-ce que l’Analyse Existentielle et la Logothérapie ?
Une thérapie qui permet de répondre à la quête de sens qui anime chaque être humain : identifier ce que l’on veut faire de sa vie, en conscience et responsabilité de qui l’on choisit d’être. - Comment choisir son accompagnant, coach ou thérapeute ?
Au-delà de la méthode, c’est le praticien qui compte. Prenez le temps d’étudier : est-il coach certifié, psychopraticien certifié, psychologue ? Les formations et les cadres ne sont pas équivalents. Et regardez également son parcours ; les affinités ont leur importance. Vous pouvez d’ailleurs découvrir mon parcours ici pour mieux comprendre ma pratique - Quelle est la différence entre un coach et un thérapeute ?
Le coach travaille sur l’action : il aide à mobiliser vos ressources pour atteindre un objectif. Le thérapeute travaille sur la compréhension : il vous accompagne dans l’exploration de ce que vous vivez, de ce que vous voulez vraiment et de ce dont vous êtes responsable. Ce ne sont pas les mêmes approches, parce que ce n’est pas le même travail.
Mes trois champs d'accompagnement
Pour vous permettre d’aligner vos décisions avec vos aspirations profondes et donner du sens à vos actions, je vous accompagne selon votre situation :
Pour aller plus loin
Cet article présente des repères généraux. Dans la réalité, chaque professionnel développe sa propre manière d’accompagner, à partir de sa formation, de son expérience et de son parcours.
Avant de choisir un coach ou un thérapeute, prenez le temps de comprendre sa pratique, son cadre d’intervention et ce qui l’a conduit à exercer ce métier.
Car au-delà des méthodes, c’est souvent la qualité de la rencontre qui fait la différence.
