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Trauma invisible : comment le passé sabote le quotidien

Comprendre les mécanismes du trauma (simple, complexe ou développemental) et mesurer son impact invisible sur le quotidien.

Par Pascale Breton, Analyste existentielle et Logothérapeute à Paris & en visio

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Dans ma pratique d’Analyste Existentielle & Logothérapeute, la quasi-totalité des personnes qui me sollicitent le font parce qu’elles traversent des épreuves de vie comme une rupture, un deuil, une maladie, un drame professionnel, un déracinement, dans tous les cas un sentiment d’épuisement ou de vide profond. Pourtant, chemin faisant, le travail thérapeutique bute très souvent sur un obstacle invisible.

C’est exactement comme une racine d’arbre affleurant sur un chemin forestier. On pourrait croire à un simple faux pas ou à un aléa du relief, mais la réalité est que cette racine fait trébucher à chaque passage.

Et très souvent cette racine est un traumatisme tu, oublié ou très souvent minimisé. Le trauma ne peut être réduit à de simples souvenirs douloureux soigneusement écartés, mais au contraire doit être vu comme un ensemble de résurgence dans le quotidien. Loin de se manifester de manière spectaculaire, il s’infiltre dans les attitudes ordinaires, le sommeil, les relations, dans son rapport au monde et à soi. Son étude a révélé que l’impact d’un trauma ancien marquait toute la vie d’adulte. C’est en cela qu’il sabote le quotidien.

Tant que cette empreinte n’est pas reconnue, le corps continue de dicter sa loi. Les travaux de Bessel van der Kolk et les neurosciences, sur lesquelles s’appuie cet article, permettent de mettre enfin de la clarté sur ces mécanismes invisibles.

Qu’est-ce qu’un trauma ? Casser le mythe du « grand drame »

Désormais, le mot « trauma » est utilisé à tout va, exactement comme le mot « stress ». Mais cet usage excessif à l’effet pervers de diluer son sens clinique. Au point même que ceux qui portent un trauma réel, tu, nié ou si souvent minimisé, peinent à le reconnaitre, faute de repères sérieux.

Ainsi un trauma ancien peut rester longtemps hors de vue, dissimulé derrière une fatigue persistante, des comportements inexpliqués, des troubles somatiques et des addictions, même celle socialement valorisées comme le sport à haute dose.

Pour offrir des repères sérieux à l’identification de trauma, il est nécessaire de poser une clarification clinique claire ; il existe le trauma simple, le trauma complexe et le trauma développemental.

Trauma simple : l’évènement brut et net

C’est un évènement unique, dans un temps donné, qui a été menaçant voire potentiellement mortel, de type accident, agression ou catastrophe. Attention, « simple » n’indique en aucun cas sa gravité.

Parfois derrière la rupture, le burnout ou une anxiété actuelle il y a un évènement traumatique, accident, agression, choc ponctuel qui a été mis à distance. Mais il a profondément marqué le corps et le système nerveux, se réactivant dans un évènement similaire ou suspecté similaire.

Trauma complexe : l’insécurité perpétuelle

Il est causé par des expositions répétées à des situations insécurisantes sur le plan physique et psychologique, de nature relationnelle ou environnementale comme des violences, des humiliations et des menaces.

Derrière ce trauma, même lorsqu’il est oublié ou très souvent minimisé « c’est bon, je n’en suis pas mort », « il y a pire à vivre sur cette planète », « il y a des gens qui meurent sous les bombes », « c’était il y a longtemps », « c’était un autre temps », « à l’époque c’était acceptable » il y a la marque au fer rouge dans le cerveau. Parce qu’il y a une différence fondamentale entre le souvenir ordinaire et le souvenir traumatique. Le premier est froid, tranquillement classé dans le passé et verbalisable. Le souvenir traumatique, lui, est chaud, sensoriel et corporel ; il demeure actif et le cerveau le revit comme s’il se déroulait ici et maintenant, au présent.

Trauma développemental : des fondations abimées

Considéré comme le pire trauma par l’expert Bessel van der Kolk, le « trauma de l’attachement » concerne les enfants et s’inscrit dans un contexte de négligence, de violence physique et/ou psychologique et d’insécurité chronique qui conditionnent durablement, voire irrémédiablement, le système nerveux.

Sur le fond, les traumas dépassent largement le cadre des drames évidents et reconnus, comme la guerre ou les attentats. Ils sont bien plus souvent provoqués dans la sphère intime, par de la négligence affective, un lien blessé, une honte masquée par le temps. Et lorsque les évènements se sont répétés tôt dans la vie, ils constituent un niveau de gravité accru.

Ce que la recherche de Bessel van der Kolk illustre : un cerveau et un corps réorganisés

Bessel van der Kolk est un psychiatre néerlando-américain, professeur à la Boston University et fondateur du Trauma Center de Boston. Il est le spécialiste mondial du stress post-traumatique et l’auteur de l’ouvrage de référence « Le Corps n’oublie rien ».

« Lorsque les traces mnésiques d’images, de sensations et de sons initiaux sont réactivées, le lobe frontal se ferme, y compris sa partie nécessaire pour mettre en mots les émotions, la région qui crée notre sens du temps, et le thalamus qui intègre les données brutes des sensations entrantes. A ce stade, le cerveau émotionnel (le système limbique et le tronc cérébral), qui n’est pas contrôlé consciemment et ne peut pas communiquer verbalement, prend le dessus. En temps normal, ces deux systèmes mnésiques, le rationnel et l’émotionnel, collaborent pour donner une réponse intégrée.»

Cette description de van der Kolk résume l’observation clinique : le traumatisme maintient le cerveau en mode survie, comme si une alarme intérieure restait enclenchée. Lorsqu’un souvenir ou une situation réactive cette alarme, les zones liées à la peur et à la réaction émotionnelle, notamment l’amygdale, prennent le dessus. En parallèle, les régions du cerveau qui permettent de prendre du recul, mettre des mots, organiser la pensée et se situer dans le temps, comme le cortex préfrontal, fonctionnent moins efficacement, voire très mal.

C’est pourquoi la personne ne « pense » pas le danger : elle le ressent dans son corps. Le traumatisme laisse ainsi une empreinte émotionnelle et sensorielle qui peut se réactiver avant même que la réflexion consciente n’intervienne. Le corps réagit comme si la menace était présente, ici et maintenant, même lorsque la situation actuelle est objectivement sans danger.

Le trauma, tant qu’il n’est pas vu, continue de peser comme un arrière-plan actif sur le quotidien et peut compliquer la résolution de la difficulté initiale pour laquelle l’accompagnement a été engagé.

Le corps n'oublie rien : les manifestations physiques et comportementales du trauma

Concrètement, le trauma s’inscrit directement dans la physiologie, il se loge dans le système nerveux et génère au quotidien des réactions corporelles et comportementales au travers de multiples manifestations : tensions, crises de panique, douleurs chroniques et anesthésie qui empêche d’accéder au plaisir, au repos et aux choix alignés pour sa vie.

C’est ce que l’on observe chemin faisant dans le travail thérapeutique en Analyse Existentielle et Logothérapie par exemple dans les symptômes d’insomnie, de fatigue chronique, de troubles digestifs, de migraines, de défaillances immunitaires, etc.

Cela se peut aussi se traduire par des comportements d’hypervigilance, d’épuisement, d’anxiété, de surcontrôle, d’apathie, d’hyperactivité et de sentiments de vide immense qui peuvent être des signaux de traumas tus, oubliés ou niés.

Comment le trauma sabote concrètement le quotidien : la vie en pilotage automatique

Ce que démontre Bessel von der Kolk est comment le trauma, même oublié, tu ou minimisé, maintient le cerveau en alerte permanente et court-circuite la capacité à penser de façon rationnelle. C’est précisément ce mécanisme de défense inconscient qui s’invite au quotidien sous forme de pilotage automatique.

Pour les personnes portant l’empreinte d’un trauma, il est nécessaire de réorganiser leurs expériences afin de ne plus rester piégées dans des associations figées : sur le plan professionnel « si je n’accepte pas ce dossier supplémentaire, je vais être mis au ban », comme sur le plan personnel « si j’exprime mon désaccord ou un besoin intime, l’autre va inévitablement m’abandonner ».

Dans la sphère professionnelle

Dans la sphère professionnelle, ces réactions de survie prennent souvent la forme d’un syndrome de l’imposteur persistant ou d’un perfectionnisme épuisant. Le besoin de suradaptation et l’hypervigilance se traduisent par un épuisement à vouloir tout contrôler et une incapacité récurrente à poser des limites face aux figures d’autorité : c’est ce collaborateur qui ne parvient pas à dire non aux sollicitations excessives ou cette manager qui n’ose pas quitter le bureau à l’heure malgré ses engagements familiaux impérieux.

Dans la sphère personnelle et intime

Dans la sphère personnelle et intime, le radar relationnel est également faussé. L’ajustement émotionnel devient difficile, oscillant souvent entre le mutisme total et l’explosion incontrôlée, sans véritable zone médiane. L’hypervigilance et la suradaptation s’infiltrent dans les moindres détails du quotidien : c’est cette personne qui anticipe l’humeur de son conjoint rien qu’au bruit de la clé dans la serrure ou celle qui sursaute et se réveille au moindre anormal, même au cœur d’un épuisement total.

Au-delà du symptôme : accueillir l'histoire pour rouvrir l'avenir

Mon rôle de Logothérapeute : un regard attentif et un cadre sécurisant

En tant qu’Analyste Existentielle et Logothérapeute, il est essentiel de préciser avec clarté que je ne me pose pas en spécialiste du traitement lourd des psychotraumatismes. La prise en charge spécifique des traumatismes complexes ou développementaux relève de protocoles dédiés et de professionnels formés à cet effet.

Mon engagement et ma rigueur professionnelle reposent sur :

La capacité de repérage et de discernement : savoir reconnaître ces traces invisibles, comprendre la neurobiologie du blocage pour déculpabiliser la personne : clarifier qu’il ne s’agit pas de manque de volonté, mais d’un système nerveux qui réagit à une ancienne alarme.

L’orientation déontologique et collaborative : lorsque la situation l’exige, j’adresse mes consultants vers des partenaires spécialisés (thérapies EMDR, psychiatrie, approches neuro-somatiques avancées) en toute transparence.

Mon champ d'expertise : la sécurité du lien et le déploiement existentiel

Là où se situe le cœur de mon accompagnement, c’est précisément dans cet espace d’accueil inconditionnel, de reconnaissance de l’unicité et de reconstruction du sens :

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La reconnaissance douce et la sécurité relationnelle : des figures majeures de la psychologie contemporaine (comme John Bowlby sur l’attachement ou Diana Fosha sur l’expérience relationnelle) l’ont largement démontré : aucune réparation n’est possible sans un sentiment fondamental de sécurité avec l’autre. C’est l’aspect le plus essentiel de la santé mentale. C’est pourquoi je m’attache à offrir un cadre d’écoute rigoureux, chaleureux et dépourvu de tout jugement, où les impasses, les émotions longtemps tues et la fatigue accumulée peuvent enfin se déposer.
La thérapie est un processus collaboratif, une exploration mutuelle de vous-même.

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Un espace sécurisant pour regarder l’ombre : reconnaître une trace traumatique ne signifie pas nécessairement se replonger dans les événements douloureux ni chercher à tout expliquer. Cela peut viser déjà de pouvoir regarder ce qui a été longtemps tenu à distance, dans un cadre suffisamment sécurisant pour ne pas avoir à s’en détourner à nouveau.
Dans cet espace, il peut devenir possible de rencontrer une partie de soi restée exilée, négligée ou privée d’écoute. Les spécialistes font souvent référence à cette part de nous-mêmes comme une créature oubliée, reléguée « à la cave, à la poubelle ou au grenier », qui attend d’être reconnue et nourrie. Il ne s’agit pas de forcer cette rencontre, mais de l’approcher avec prudence, respect et compassion.

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L’approche logothérapeutique et existentielle : les recherches en neurosciences montrent que le seul moyen de changer ce qu’on éprouve est de prendre conscience de son expérience intérieure et de pactiser peu à peu avec elle. 

Une fois le passé reconnu sans être plus nié, la question devient existentielle : « Maintenant que l’on connait cette entrave, quelle réponse sincère et sensée apporter désormais à sa vie ? »

L’AEL (Analyste Existentielle et Logothérapie) permet d’exercer pleinement sa liberté de réponse face à l’adversité et aux épreuves. Et de mobiliser ses ressources noétiques pour choisir de façon libre et responsable ce qui peut désormais être fait.

    • Revisiter ses valeurs fondamentales.
    • Retrouver une clarté intérieure face aux transitions, aux pertes de statut ou aux crises de vie.
    • Ne pas se définir uniquement par ses blessures, mais se positionner de façon libre et responsable pour exister pleinement.

Le passé n’a pas le dernier mot

Pour chacun, le passé a pu façonner des réflexes de défense, mais il n’a pas à décider de l’avenir. Découvrir la racine sur le chemin n’est pas une fin en soi, c’est le point de départ pour apprendre à marcher sur sa route sans trébucher.

Vous traversez une transition difficile, une perte de sens ou le sentiment de buter continuellement sur les mêmes difficultés, de vous heurter régulièrement aux mêmes impasses ? Prenons le temps d’un premier échange pour clarifier votre situation et définir ensemble le cadre d’accompagnement le plus adapté à vos besoins. Pour retrouver votre liberté de réponse.

FAQ

Le souvenir traumatique est sensoriel et se revit dans le corps comme s’il se produisait au présent, alors que le souvenir ordinaire reste « froid » et clairement identifié comme appartenant au passé.

Non. Les traumas complexes et développementaux résultent souvent d’expositions répétées à l’insécurité relationnelle ou affective, parfois (souvent) minimisées ou banalisées.

Non. La reconnaissance et la régulation du système nerveux peuvent parfois se faire sans replonger dans les détails de l’événement. Pour autant, selon le niveau d’entrave ressenti, il peut être nécessaire de consulter un professionnel spécialisé dans le traitement des traumatismes (thérapies EMDR, approches neuro-somatiques, psychiatrie).

L’AEL (Analyse Existentielle & Logothérapie) n’a pas vocation à traiter directement un trauma. Elle permet cependant de mettre en lumière ces entraves invisibles et d’aider la personne à y faire face de façon responsable et alignée avec ses valeurs, une fois le repérage effectué.

Oui. Ces multiples manifestations (fatigue chronique, hypervigilance, somatisations, troubles du sommeil, perfectionnisme épuisant, difficultés relationnelles, addiction, violence ou sentiment de pilotage automatique) peuvent avoir de nombreuses origines. Dans le cadre de ma pratique, il n’est pas rare que l’exploration de l’histoire personnelle révèle une trace traumatique qui n’était pas consciemment reliée aux difficultés du quotidien. C’est ce type de situations que je rencontre régulièrement dans ma pratique d’Analyste Existentielle et Logothérapeute.

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Pour aller plus loin

Le livre de référence internationale de Bessel van der Kolk : Le Corps n’oublie rien – Éditions Albin Michel, 2018 (traduction française).

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